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Flames to dust - Avery Wheless and Fabien Adèle duo show 

20 mai-9 juin 2022

81 boulevard Beaumarchais 75003 Paris

Depuis plus d’un an, la galerie superzoom accueille des artistes français.e.s et internationaux dans sa résidence en Ardèche, les invitant àcollaborer ou à se rencontrer dans ce cadre unique de travail. Pour la deuxième exposition de son espace boulevard Beaumarchais, la galerie présente les œuvres des peintres Avery Wheless et Fabien Adèle réalisées spécialement lors de la résidence superzoom au printemps 2022.

"On rentre dans l’atelier par une petite porte en bois. C’est dans cet espace que s’opérait à partir de la fin du XIXe siècle le moulinage de la soie, qui permettait à la fibre de se tordre pour se constituer en un fil exploitable pour l’industrie textile. Le calme règne désormais. Seuls le chant des oiseaux printaniers et la rivière rythment l’atmosphère des journées concentrées des résident.e.s. Ce ne sont plus une cinquantaine d’ouvrières, mais trois artistes qui travaillent aujourd’hui dans cet espace gorgé de lumière. Les murs repeints vivent désormais sous les coups de pinceaux des peintres qui s’y succèdent, les quatre tables accumulent tasses à cafés, tubes de peinture à l’huile et ordinateurs portables. La vieille boombox qui trône au fond de l’atelier entonne Nelly Furtado. Ça sent la térébenthine.

Pour l’ouverture de la saison, superzoom a invité les peintres Avery Wheless et Fabien Adèle – tous deux nés en 1993 – à investir l’atelier de peinture de la résidence, installée depuis un an en plein cœur de l’Ardèche. Des toiles sont accrochées çà et là, d’autres sont posées à même le sol, d’autres encore sont à peine achevées. Des personnages nous entourent, et pourtant, notre regard ne peut s’accrocher à l’un des leurs. Leurs yeux sont fermés ou cachés par le cadrage de la toile, par une main, une jambe ou un bras, leur regard est fuyant, voire absent. Dans leurs œuvres respectives, il est en effet question de point de vue. Avery peint les personnes qui l’entourent, à partir d’images de ses archives personnelles ou de photographies extraites des réseaux sociaux. Elle porte sur eux.elles un regard apaisé et bienveillant, où le corps n’est jamais mystifié mais caressé par l’œil féminin de l’artiste sur des femmes abandonnées à leur intimité. Il y a dans ces toiles une certaine nostalgie, comme s’ils personnifiaient des moments de douceur quotidienne ou de souvenirs d’étés lointains.

 

La nostalgie n’est pas loin non plus du travail de Fabien Adèle. A la manière de sculptures peintes surréalistes, au croisement de De Chirico et de George Rouy, Fabien aborde le rêve comme un moment de flottement, où l’environnement reflète les flux qui nous traversent : les draps de l’endormi.e coule comme une cascade de songes, absorbe les désirs et les transforment. On passe ainsi d’un état à un autre chez cette femme de dos qui traversent les étapes successives de son destin. Ces scènes oniriques où règne une étrange atmosphère rappellent la méthode dite « paranoïaque critique » de Salvador Dali, qui pousse à ce que « chacune chose se dédouble et se métamorphose, que rien ne se fige ni ne se définisse plus, que tout devienne, à chaque instant, multidimensionnel »[1]. A l’inverse du regard omniscient d’Avery, Fabien laisse au visiteur le soin d’adopter celui de ses personnages. Comme s’il.elle en devenait la doublure consciente ou inconsciente. 

 

Ce qui frappe dans ce dialogue, c’est la leçon de peinture qu’elle engage. Les œuvres de Fabien et Avery font transparaître la peinture comme une accumulation de gestes. Pour l’une, c’est le trait enlevé et voluptueux qui s’affirme. Avery incarne la toile et lie son propre corps aux personnages qu’elle peint, hommage certain à son passé de danseuse. Le rythme rapide et léger du pinceau provoque la mémoire et excite les souvenirs. Pour l’autre, le geste lent est quasiment imperceptible. On perçoit la concentration du peintre, la minutie du trait pour chaque ombre, pli ou cheveu. Du mouvement tourbillonnant d’Avery, on passe à l’inertie des corps et du décor de Fabien. Ce qui les lie pourtant, c’est une énergie commune qui les pousse à explorer - à la manière du mouvement du réalisme magique – les failles qui peuvent exister entre la réalité et la fiction, le songe ou le souvenir. Ce souvenir, c’est aussi celui d’une résidence où les liens d’amitié se sont tissés, où les dialogues se sont noués. A quelques jours de la fin de cette parenthèse enchantée, ils confient leur bonheur d’avoir partagés ces inspirations communes. Why do all good things come to an end ?

 

 

Joséphine Dupuy Chavanat

 

[1] Thomas Schlesser, Faire rêver. De l’art des Lumière au cauchemar publicitaire, éd. Gallimard, Paris,

2019

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