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FANTASMAGORIE

curated by Josephine Dupuy Chavanat

May 27 - June 12, 2021

236 rue Saint-Martin, Paris 3

 

Flavie Audi, Marcella Barceló, Lucien Bitaux, Marguerite Bornhauser, Antoine Carbonne, Ittah Yoda, Michel Jocaille, Lucile Littot, Valentin Ranger, Soraya Sharghi, Villard Brossard

 

« Ceci est une exploration », proclame en 1955 Henri Michaux en ouverture de son recueil Misérable Miracle. « La Mescaline est l’explorée », poursuit-il, avant de décrire la progression de ses visions provoquées par l’absorption des doses de cet alcaloïde. L’exposition Fantasmagorie suit le cheminement du mouvement vibratoire de cette foire optique. Les deux personnages adolescents énigmatiques d’Over the garden wall de Marcella Barceló nous accueillent, leurs corps effacés derrière les troncs d’arbres d’une forêt fantastique. La jeune fille au regard perçant pourrait nous prendre par la main pour nous accompagner – telle une héroïne carrollienne – tout au long de l’exposition. Le voyage commence ainsi par une atmosphère crépusculaire, étrangement familière. Le ciel orange vire au violet. Marguerite Bornhauser photographie un état frôlant avec le paranormal, où les couleurs vives tournent au mystérieux. Le soleil laisse place à la tombée du jour, l’ombre renoue avec les éclairages de la nuit. Nos yeux se ferment. Le paysage fantasmé se forme au cœur des toiles d’Antoine Carbonne, projections d’images mentales inspirées des maîtres de l’histoire de l’art, de vidéos d’actualité ou de lointains souvenirs. L’arbre anthropomorphe de Tree of Wisdom - tiré d’une toile de Bonnard – se transforme en cerveau bouillonnant et psychédélique devant lequel un personnage bédéesques se trouve totalement ébahi. Suspendue, la structure de Michel Jocaille, ornée de fleurs fluos en plastique figées dans de la paraffine, se compose d’impressions sur panne de velours et de vinyle miroir dans lequel notre reflet est totalement altéré. You are my high apparaît comme une porte qui s’ouvre sur de nouveaux territoires dans lesquels nos sens saturés naviguent désormais. « Le cirque rétinien. Au paradis du clinquant. », note Michaux en pleine ascension hallucinatoire. Nous sommes maintenant au cœur de l’aventure, entourés par les Résonnances de Lucien Bitaux. Comprises dans une structure en aluminium composée successivement de LED, d’un film polarisant, d’un plastique thermoformé et un second film polarisant inversé, ces œuvres révèlent un paysage organique et flottant aux couleurs pétrole. Lucien joue sur ces effets d’optique en manipulant la lumière, la couleur et la matière pour créer une image iridescente que notre œil voit en relief, matière qu’il capte ensuite dans une chambre noire pour créer une série éclatante de photogrammes polychromiques. Dans un coin de la pièce, une étrange forme nacrée aux allures d’œuf d’alien repose sur le sol. La sculpture de Villard Brossard joue avec nos photorécepteurs troublés. Le duo cultive avec Original Taste l’ambiguïté d’un objet venu d’ailleurs, d’une forme des origines ou d’un futur éloigné où le technologique nous aurait supplanté. La technologie, nous la retrouvons dans toute son ambivalence avec les Fluid rocks de Flavie Audi. Nées de l’alliance du soufflage traditionnel du verre et de sa mise en forme par divers outils digitaux, ces sculptures expriment l’énergie vivante, constamment oscillante, du cosmos. Elles désorientent l’œil par les fluctuations des couleurs dues aux changements de lumière, et nous embarque dans un avenir utopique et spéculatif. L’euphorie est ici à son apogée. Dans cette salle, nous avons pénétré, par effraction peut-être, dans « l’ouragan mescalinien » où se rencontrent des jumelles faustiennes, une colonie de diablotins transis, des créatures hybrides et des adolescentes rappelant les Ikiryō - fantômes venant rendre visite aux vivants dans les contes japonais. Dans les peintures gothiques de Lucile Littot, ces jeunes filles sont les victimes de la comtesse de Bathory (1560-1614), qui aurait halluciné en voyant sa peau du visage rajeunir au contact du sang de sa servante qu’elle venait de battre sans vergogne. Dénonçant le fascisme de la beauté stéréotypée, la peintre expose la folie de l’illusion du désir d’éternelle jeunesse, dans un décor bavarois de série B. Au centre, on célèbre la Renaissance dans un mythe totalement inventé par Soraya Sharghi, qui laisse au regardeur la liberté de se raconter sa propre histoire. Les êtres se métamorphosent, et de cette fontaine de jouvence découle un pays imaginaire où la nature reprend pleinement et admirablement ses droits. Tout aussi extravagants, les monstres heureux de Valentin Ranger - nés des micro-mutations que subit constamment notre corps - batifolent avec des abeilles, des fleurs et du pollen au cœur d’un monde moléculaire multicolore. Ils exultent, pris dans une orgie créatrice avec des végétaux, des champignons, et autres bactéries. On les retrouve dans le film Eromorphosis. Les âmes en fleurs, qui dévoile la naissance de cette nouvelle espèce extrasensible animée exclusivement par la joie et l’amour, dans une intimité redécouverte où le plaisir et la tendresse prédominent. Enfin, nous quittons ce monde délicieusement microscopique pour retrouver celui, immense et fascinant, d’Ittah Yoda où l’on s’abandonne peu à peu à une profonde méditation. Les fragments de planètes tournoyantes observées dans la VR inspirent la création des trois sculptures montées sur une structure en métal, réalisées en résine moulée injectée de pigments thermochromiques. Du monde virtuel au monde tangible, Ittah Yoda nous embarque au cœur d’une harmonie créative entre l’homme et la machine pour un voyage contemplatif des sens et de l’âme.

Fantasmagorie explore ainsi ce qui est dissimulé : Michel Jocaille révèle ce qui est caché derrière le miroir, où le reflet de notre personnalité assume son travestissement ; Marcella Barceló découvre le sentiment souvent enfoui de l’adolescent qui perd son insouciance ; Lucien Bitaux travaille sur la relativité de l’image et rend visible les ondes issues de la lumière ; Lucile Littot ouvre les portes de la chambre d’une femme en pleine extase ; Ittah Yoda et Flavie Audi révèlent l’ambiguïté entre le virtuel et le réel ; Valentin Ranger, enfin, décrit un univers derrière l’arc-en-ciel, un monde nouveau dénué de toute ombre, dépouillé de toute violence et de virilité écrasante où on célèbre la tolérance, le plaisir et la concorde entre toutes les vies sensibles. Fantasmagorie est déclaration d’amour à l’étrangeté, une apologie du mystérieux, un éloge de l’excitation optique et du fantasme vertigineux.  

 

Joséphine Dupuy Chavanat

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Flavie Audi, Michel Jocaille

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Ittah Yoda, Marcella Barceló, Marguerite Bornhauser, Michel Jocaille

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Valentin Ranger, Les Âmes en Fleur (Vidéo)

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Flavie Audi, Michel Jocaille

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Vues  d'Expositions

Photographe: Aurélien Mole